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La thérapeutique au temps de Dortoman par Philippe Poindron

Nicolas Dortoman serait né en 1530 (certains généalogistes disent 1535) et mort en 1590. Il est né à Arnhem (en allemand Arnheim), ville des actuels Pays-Bas (province de Gueldre), mais ce duché ayant appartenu au saint Empire romain germanique, Dortoman se déclare germanus, « allemand ». Nous ignorons les raisons qui l’ont poussé à gagner le Midi de la France. Toujours est-il qu’en 1559, il épouse la fille du seigneur de Sébazan au diocèse de Béziers. Il exerce la médecine à Castres où il s’est installé en 1565, comme le signale Jacques Gaches dans ses Mémoires :

« En même temps, Castres fut pourvu d’un médecin allemand, nommé Nicolas d’Orthoman qui exerça la médecine avec honneur jusqu’à la mort de Messire Rondelet... »

Il est possible qu’il ait été attiré dans cette ville, dont les habitants ont passé massivement au protestantisme entre 1530 et 1560, par les notables protestants qui la dirigent. Les religionnaires la tiennent fermement depuis au moins 1561, année où au cours du mois de décembre, ils ont détruit les images et les autels de la cathédrale saint Benoît et de toutes les églises de la ville. Dortoman en est chassé un peu plus tard avec sa famille, en raison de son appartenance à la religion protestante, quand la ville retombe au pouvoir des catholiques. Il aurait passé au catholicisme (mais la réalité de cette conversion est mise en cause par de récentes recherches historiques) ainsi que ses enfants, dont le dernier, Paul, est baptisé le 3 novembre 1587, année où Henri de Navarre, le futur Henri IV, lui accorde la naturalité. On ne sait pas si cette lettre de naturalité lui confère la nationalité française, car cette notion, à l’époque, n’a pas la signification qu’elle revêt de nos jours et bien qu’Henri IV soit Français de par son ascendance, il n’est pas encore roi de France, il ne le deviendra qu’en 1589.

Il faut signaler trois caractéristiques propres à la période pendant laquelle a vécu Dortoman.

La première est celle de l’enracinement dans un moment très particulier de notre histoire. En effet, quelle que soit la périodisation adoptée pour fixer la fin de la Renaissance française, 1562 (et le massacre de Wassy qui marque le début des guerres de religion), ou 1598 (proclamation de l’Édit de Nantes et fin – toute relative – de ces huit guerres qui ont secoué la France et spécialement le Midi), ou encore 1610 (assassinat d’Henri IV), on peut affirmer que Dortoman est un homme de la Renaissance, une période où les lettrés et les érudits s’abreuvent avec délice à la source des auteurs latins et grecs. Du reste, ses écrits qui lui valent l’honneur de ce Colloque, sont rédigés en latin, langue qu’il connaît à fond. Mais c’est aussi un humaniste comme nombre des érudits de son temps, et cette double affiliation, à l'antiquité d’une part, à l’humanisme ou anthropocentrisme de l’autre, met notre homme dans une tension intellectuelle propre à ce temps, une période propre à toutes les audaces comme à tous les conservatismes.

La deuxième caractéristique est qu’à cette époque, un érudit, quelle que soit sa nationalité, peut enseigner ou suivre des cours – comme on va le voir – dans toutes les Universités européennes, Montpellier ou Prague ou Bologne ou Oxford ou Paris, sans que la langue soit un obstacle, puisque justement la plupart des enseignements se font en latin.

La troisième caractéristique, sans doute déterminante pour comprendre Dortoman, est qu’il a vécu la moitié de sa vie pendant les guerres de religion.

Ce chaptre retrace les éléments qui ont concouru alors à l’émergence d’une nouvelle manière de traiter les maladies humaines, une manière qui participait à la fois de la continuité avec la tradition, de la rupture d’avec elle et les savoirs qui heurtaient l’humanisme; et de l’innovation liée à la découverte de mondes jusqu’alors inconnus. Nous découvrirons comment Dortoman fut une véritable figure archétypique de ce mouvement.

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